Liberté
de Tony Gatlif, 2010, UGC distribution

www.ugcdistribution.fr/liberte

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A propos de liberté
C'est avec impatience dans un petit cinéma parisien, que j'attendais les premières images du nouveau film de Tony Gatlif.
Et puis enfin après quelques minutes la salle s'obscurcit, le projecteur se mêt en marche, je découvre un convoi de caravanes d'un autre âge et la musique s'immisce déjà, à base de sons de seau, de grincement et de pas. Inconsciemment, je me laisse entrainer dans le film, sans analyse, sans dissection de l'image. De mon siège je sens l'amour de Gatlif pour la musique et je me demande si tout n'est pas simplement musique pour cet homme.
Le fil de l'histoire et légèrement flou presque décousu mais efficace. La caméra est pratiquement toujours à l'épaule quand elle accompagne la famille. Je me fais une réflexion : Gatlif va loin, va très loin, pour montrer la liberté, que Taloche incarne, sauvage sans code, sans contrainte ou réserve d'aucune sorte. Ses liens avec la terre sont presque chamaniques, emplis de parfois de mysticisme.
Très vite le petit Claude devient le vecteur des sentiments, nous pleurons et rions avec lui, il découvre cette vie de bohème comme seuls les enfants peuvent le faire, avec une innocence touchante.
J'ai envie de vous raconter le film mais, l'expérience à suivre et bien trop généreuse pour vous priver du plaisir de le découvrir, donc je décide de vous livrer uniquement les informations contenues dans le synopsis et la bande annonce.
Gatlif, filme ou plutôt photographie les camps de concentration, comme des photos d'archives, un peuple figé comme mort, non pas physiquement mais intérieurement vide, comme si l'âme des détenus s'était en allée avec leur liberté. L'illustration de Gatlif me laisse sans voix. Il fait avec pudeur ce que d'autres ont fait avec violence, laissant leur dignité aux défunts.
Le film se termine, je ne sais pas quelle réaction avoir. Il m'est difficile de mettre des mots justes en sortant de la salle. Je dirais : sincère, touchant, libre, nostalgique, onirique, merci.
Les comédiens se livrent dans sans retenue, le réalisateur donne encore un morceau de lui-même et pas n'importe lequel. On sent qu'il y met son courage et ses tripes, la première phrase qui me vient à l'esprit: " c'est ça du vrai cinéma !!! "
Ce film me rappelle mon enfance quand nous pouvions voyager, les odeurs du feu de bois qui attendaient dans un réchaud la viande à cuire ou du café aux tables des auvents de caravanes après le repas, les cris et les rires des enfants jouant dans les champs ou la forêt, le chant des gouttes d'eau les soirs de pluie, la musique, les guitaristes que mon père faisait venir jsous notre auvent l'été quand la nuit tardait à venir, les tables alignées sur l'herbe au moment où les familles décidaient de manger ensemble, les mamans apportant toutes une marmite en faisant mine de se plaindre de la vaisselle à venir, la façon de consoler nous embrassant quand l'un de nous était triste ou en colère. J'ai voyagé pendant pratiquement deux heures, retrouvé des sensations familières et pourtant lointaines. Merci Tony Gatlif pour avoir montré aux Français sédentaires ou gens du voyage, ceux que l'histoire veut parfois trop vite oublier.
Merci aux comédiens d'avoir incarné, nos peurs, nos doutes, notre colère, notre amour et notre liberté.
Et les autres " allez le dicave il est latcho le film ".

Yanseine Beautour


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